Gérard Neveu : « Il faut saluer le courage de Toyota »

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Présent lors de la conférence de presse de Duqueine Mobility ce lundi, à Alès, Gérard Neveu a accepté de répondre à nos questions. Le directeur général du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA (WEC) et de l’European Le Mans Series a évoqué avec nous quelques sujets d’actualité.

L’ACO avait profité des 24 Heures du Mans 2017 pour présenter le règlement technique pour les LMP1 Hybride à partir de 2020. Une règlementation ambitieuse et innovante avec notamment l’intégration de la technologie Hybrid Plug-in. Cependant, l’annonce de l’arrêt du programme LMP1 de Porsche cet été, a changé la donne :

« Ce règlement a été considérablement corrigé au vu des contraintes qui se sont imposées depuis, » nous a confié Gérard Neveu. « Si l’on veut réduire les coûts, il faut changer le règlement car c’est lui qui engendre les dépenses. Il y aura deux types de règlement. Le premier sera en vigueur pour les deux prochaines saisons en attendant celui de 2020 et qui fait la part belle aux équipes privées et c’est d’ailleurs pour cela que nous enregistrons l’arrivée de quelques constructeurs de châssis qui vont participer à cette belle aventure. Il faut également saluer le courage de Toyota de rester en FIA WEC car ce n’est pas facile pour eux d’admettre qu’en dépensant dix fois plus, ils vont devoir lutter contre ces équipes privées mais il en va dans l’intérêt du championnat. Viendra ensuite la réglementation 2020 qui sera la grande nouveauté dont les détails seront présentés dans les prochaines semaines. »

La politique de l’ACO est en tout cas très claire : « L’idée est clairement de rester sur des budgets raisonnables de quelques dizaines de millions d’euros et non plus de quelques centaines, abordables pour les constructeurs tout en mettant l’accent sur la technologie. Nous ne pouvons pas faire du sport automobile aujourd’hui avec des prototypes modernes qui sont en lien avec des constructeurs automobiles majeurs sans avoir une notion d’hybride. »

Lors de la finale du FIA WEC à Bahreïn, un pilote était au cœur de toutes les discussions. Il s’agissait bien sûr de Fernando Alonso qui a rendu visite aux différents protagonistes sur la grille, la veille de son essai au volant de la Toyota TS050 Hybrid à l’occasion du Rookie Test. Si tout n’est pas encore acté entre le pilote espagnol et le constructeur nippon, l’arrivée du double champion du monde de Formule 1 serait un bon point.

 « C’est une histoire entre Alonso et Toyota. Si ce contrat se finalise, ce sera une très bonne nouvelle car c’est un double champion du monde de Formule 1, c’est un pilote exceptionnel et qui amène une visibilité majeure. Quand on accueille un champion de ce calibre dans son paddock, on ne peut que se réjouir. J’ai vu qu’il a pris beaucoup de plaisir à essayer la Toyota à Bahreïn, autant qu’il prenne beaucoup de plaisir à la piloter en course, cela nous fera tous plaisir. Nous sommes des passionnés de sport automobile alors avoir Alonso dans la famille, ce serait une bonne nouvelle ! ».

Gérard Neveu : « Il faut saluer le courage de Toyota »

Le plateau des LMGTE Pro sera renforcé par l’arrivée des BMW M8 GTE l’an prochain, un an après la création du titre de Championnat du Monde de la FIA des Constructeurs et Pilotes GT.

« L’instauration d’un championnat du monde correspond aux critères du GTE Pro puisque ce sont des constructeurs qui sont engagés avec des voitures exceptionnelles. Ce championnat est à la hauteur des investissements réalisés par ces constructeurs, il s’agit donc de donner du sens à leur travail. C’était une mesure nécessaire pour répondre à l’attente des constructeurs. »

Le FIA WEC aura un nouveau visage avec cette Super Saison 2018/19 qui se disputera sur un an et demi dans le but d’inverser le calendrier des saisons à venir.

« La Super Saison 2018/19 va permettre l’inversion du calendrier et ainsi positionner les 24 Heures du Mans en dernière épreuve du championnat. A partir de 2019, nous passerons à un format dit de ‘saison régulière’ avec un coup d’envoi donné en septembre et qui s’achèvera donc au Mans, en juin. Nous avons juste inversé la saisonnalité, c’est pour cela que cela va prendre 18 mois puisque le faire en trois mois, ce n’est pas possible. »

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Parmi les nouveautés de cette Super Saison, les 1500 miles de Sebring qui se disputeront en mars 2019, en marge des 12 Heures de Sebring, haut lieu de l’endurance.

« C’était une volonté mais il faut également trouver l’occasion de le faire. C’était compliqué jusque-là mais nous avons trouvé un accord avec nos partenaires de l’IMSA pour pouvoir rouler le même week-end, en marge des 12 Heures de Sebring avec nos 1500 miles de Sebring. Ce sera une vraie célébration de l’Endurance. Austin est un circuit remarquable mais qui n’a pas son public pour cela, ce qui nous éloigne un peu de nos fans mais comme nous l’avons démontré avec notre sondage mondial auquel 54 000 fans ont participé, nous écoutons ceux qui nous suivent car nous avons besoin d’eux pour vivre aussi et le retour à Sebring était réellement demandé par les américains. »

En outre la direction du FIA WEC, Gérard Neveu est également à la tête de l’European Le Mans Series. Le championnat d’endurance européen se porte très bien et le niveau de compétition est très relevé alors l’ACO va continuer dans la même direction.

« L’ELMS est un championnat qui n’a pas à subir les mêmes pressions qu’un Championnat du Monde mais qui est un championnat très très relevé, avec en même temps un bon modèle économique à l’échelle européenne où nous n’avons pas les soucis logistiques, ni des contraintes budgétaires majeures. Nous avons un superbe plateau, et ce dans toutes les catégories et il faut veiller à cet équilibre. C’est pour cela que nous portons un regard sur les petits ajustements pour pérenniser le championnat sur le moyen et long terme plutôt que sur des changements radicaux qui ne sont pas nécessaires à l’heure actuelle. Chaque week-end d’une épreuve de l’ELMS est toujours un vrai week-end de plaisir. »

Nous parlons souvent de la pyramide de l’ACO permettant l’accession aux 24 Heures du Mans mais quelques championnats indépendants comme les V de V Endurance Series constituent un palier d’accession aux différentes plateformes de l’ACO. Le championnat dirigé par Eric Van De Vyver peut se targuer de ne pas connaître la crise. De nombreuses équipes ont un pied dans les V de V,  et l’autre en ELMS notamment grâce à une complémentarité calendaire.

« J’ai d’excellentes relations avec Eric Van De Vyver que je connais depuis très longtemps. Plus il y a de championnats forts et plus le sport automobile se porte bien. Les V de V Endurance Series sont une merveilleuse école pour appréhender le sport auto en tant que pilote amateur. Le jour où un pilote a fait le tour des V de V Endurance Series, il a la possibilité de passer en ELMS avec des enjeux plus importants, un niveau sportif un peu plus élevé mais complémentaire. La bonne forme de l’ELMS est aussi dû à des championnats comme les V de V qui attirent toujours autant de nouveaux pilotes chaque année. »